Tante Jeanne et l’Euro à Nissa.

Tante Jeanne : – Ah le neveu ! Fa mi une baieta.

Le Ficanas : – Volontiers ma tante, mais pour quoi tout est fermé ? Tu vis dans le noir ? Il y a un deuil ?

Tante Jeanne : -Que babatchou, Je suis là, je ne suis pas morte… Non je me prépare.

Le Ficanas : – A ton enterrement ?

Tante Jeanne : – Adiéou baraca, tu es vraiment comme ton père. Aussi stasi que lui. Mais non je ne répète pas mon enterrement. Je me prépare pour lundi prochain, le 27.

Le Ficanas : – Et c’est pour cela que tu vis dans le noir, tout fermé, alors qu’il commence à faire beau ?

Tante Jeanne : – Tu es sûr que tu travailles dans un journal ? Toi l’information ça t’effleure ! Tu as regardé la façade de l’immeuble en venant ?

Le Ficanas : – Oui j’ai vu qu’il y avait des tacons au troisième. Ah mais c’est chez toi ?

Tante Jeanne : – Atchidentè, il commence à comprendre ! J’ai fait fermer les fenêtres avec des planches pour que l’on ne puisse pas entrer chez moi.

Le Ficanas : – Et le syndic il t’a laissé faire ?

Tante Jeanne : – Ah, le balourdin ? Bien sûr il est venu ; il m’est monté la boufaïsse et je l’ai mis dehors. Ce babi il ne fait pas la différence entre un immeuble et un chef-d’œuvre en péril.

Le Ficanas : – C’est quoi le chef-d’œuvre en péril ?

Tante Jeanne : – C’est moi, babatchou ! Tu ne pensais pas sérieusement que je répétais mon enterrement ? C’est moi le chef d’œuvre en péril. T’imagine Nissa au calme, sans personne pour faire lever la tête à tous ces caga-bleas ? Si moi je ne dénonce pas, qui va le faire ?

Le Ficanas : Pour ça je te fais confiance. Mais je ne vois pas le rapport entre les fenêtres fermées par des planches, le syndic, le 27 juin…

Tante Jeanne : – Tu continues et tu vas obtenir le tavan d’or. Il se passe quoi le 27 ?

Le Ficanas : – Attends, je regarde sur mon téléphone : ah ! C’est la saint Fernand.

Tante Jeanne : – O Cristo ! Il est pire que son père ; que veux-tu que ça me fasse la saint Fernand ? J’en connais pas des Fernand, ils sont tous morts. Mais non, niocou, ce sont les huitièmes de finale de l’Euro dans le méga-stade de l’Estrosi.

Le Ficanas : – Tu t’intéresses au football maintenant ?

Tante Jeanne : – M’en batis du football. Mais un huitième de finale, on va être envahi.

Le Ficanas : – Ah oui, c’est comme les autres fois, ça va boucher la circulation dans toute la ville…

Tante Jeanne : – Ca je m’en fous je n’ai pas de voiture. Mais avec leurs calculs de résultats, de poules, de buts… Il risque d’y avoir les Anglais ! Tous des ouliganes…

Le Ficanas : – Tu veux dire des Hooligans ?

Tante Jeanne : – C’est ça, des bastardons qui boivent de la bière tiède. Quand ils sont saouls, avec un coup de cagnard par-dessus, ils deviennent méchants, calus, ils s’emboucanent puis deviennent fadas. Alors, à ce moment-là ils s’attaquent à tout !

Le Ficanas : – Ils ne vont pas grimper sur la façade de l’immeuble jusqu’au troisième étage ! Ce ne sont pas des Spiderman !

Tante Jeanne : – Et qui va les empêcher ? La Municipale ? Eux ils font tourner la sirène sur l’avenue pour que la pizza arrive encore chaude… Et le millier de caméras ce sera pour constater, après, que j’ai été occise. Porca misèria, si je survis à cette journée, je ne te dis pas ce qu’ils vont prendre ceux qui ont organisé cette cagade d’Euro.

Le Ficanas : – Ah mais tu as déjà commencé, ma tante.

Tante Jeanne : N’oublie pas le neveu que l’aiga que coure noun s’arresta óu mourre.

Cagades recueillies par Christian Gallo – © Le Ficanas ®

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Tante Jeanne part aux primaires

Tante Jeanne : – Tés le neveu.

Le Ficanas : – Bonjour ma tante ; comment vas-tu ?

Tante Jeanne : – Je vais, je vais, mais je suis déboussolée.

Le Ficanas : – Qu’est-ce qui t’arrive ?

Tante Jeanne : – C’est les primaires. Primaires aqui d’aïa, je ne sais plus où donner de la tête.

Le Ficanas : – Mais il n’y a que Les républicains qui organisent des primaires, pas les autres !

Tante Jeanne : – Tu es vraiment un bagadou. Tu crois ça ! Attends le plein été. Quand les gens sont en vacances et qu’ils n’écoutent plus la télé, tu crois que les politiques sont heureux ? Faut bien qu’ils trouvent quelque chose pour ne pas disparaître des journaux. Alors la meilleure cagade qu’ils peuvent inventer c’est une primaire.

Le Ficanas : – En plus c’est en novembre. Ils ont le temps…

Tante Jeanne : – Mais ils vont passer l’été à s’emboucaner, à s’esgrafigner, jusqu’à ce que nous nous en ayons une fourre pas possible. Alors toi qui as un journal, tu vas t’occuper de moi : je me présente aux primaires.

Le Ficanas : – A droite ?

Tante Jeanne : – Qu’ès aquo à droite ! Il va y en avoir à gauche, au centre, partout. Moi, ce que je veux c’est que ce soit une niçoise qui dirige les Français. Donc on fait une primaire entre nissartes. Ils ont bien eu Napoléon, un Corse ; ils n’ont jamais eu de Niçois…

Le Ficanas : – D’accord mais tu te présentes contre qui ? L’Estrosi il n’est pas candidat…

Tante Jeanne : – Ne sois pas testard comme ton père. Je vais me trouver des opposants. Tiens, Fine par exemple, la voisine, elle s’emboucane toute la journée avec son chat ; ça va la changer. Et Achilou, il est à la retraite, c’est une marida lenga pas possible ; il va être passionnant à la télé. Et Batista, pareil ; il avait même essayé d’être conseiller municipal.

Le Ficanas : – Il avait fait deux voix : celle de sa femme et celle de son fils. Lui, il avait oublié d’aller voter !

Tante Jeanne : – Mais je ne veux pas des candidats qui gagnent, je veux des candidats qui se présentent pour être battu. Comme chez Les républicains. Propi, tu ne crois pas que les douze qui se présentent croient encore qu’ils seront élus ? Ne sois pas stassi, s’ils se présentent c’est pour se faire acheter entre les deux tours au profit d’un autre.

Le Ficanas : – Acheter ?

Tante Jeanne : – Sian Béou, t’es devenu un balourdin ; je te donne mes voix et tu me donnes un poste de ministre ! Ca paye, ministre…

Le Ficanas : – D’accord, tu gagnes tes primaires à Nissa, mais c’est pas pour cela que tu pourras te présenter aux élections en 2017.

Tante Jeanne : – Une vieille, à la télé, ça paye toujours. Je vais faire la droite dure et conservatrice : retour au fer à repasser que l’on chauffe sur la cuisinière, retour à la bassinoire pour tiédir le lit, réhabilitation des lavoirs publics pour faire la lessive au savon de Marseille. Un programme écologique et conservateur : tout dans le développement durable !

Le Ficanas : – Mais ce n’est pas du développement ça, c’est du retour deux siècles en arrière !

Tante Jeanne : – Porca misèria, tu n’as pas vu qu’il n’y a que les vieux qui votent ? Moi je vais les faire pantaier, leur rappeler leur enfance.

Le Ficanas : – Et c’est ça ton programme ?

Tante Jeanne : – Oui ! « Tante Jeanne, c’est bon comme avant » ! Noun passa tempe que noun revengue*.

Le Ficanas : – Mais ça coûte de l’argent une campagne électorale.

Tante Jeanne : – On va faire comme les autres, on va ouvrir un micro parti, « les amis de tante Jeanne ». Et les gens ils vont donner des sous parce que ce sera leur seul moyen d’obtenir les appels d’offres quand je serais élue.

Le Ficanas : – Et tu crois qu’ils vont en donner ?

Tante Jeanne : – Une simèque ou un coup de barotou et ils donneront. Et puis ne me fais pas monter le Cristou ; ça fait des années que je vois faire les politiques, alors je connais la méthode. Tous les caga blea que l’on berce de promesses depuis des années, je vais leur montrer ce que c’est que la politique. Que lenga a, à Paris va !*

Cagades recueillies par Christian Gallo pour Ressources – © Le Ficanas ®

  • Le temps passé doit revenir.
  • Avec une bonne langue on va loin

Tante Jeanne et les législatives à Nice

Tante Jeanne : – Té le babatchou, Tu vas bien ?

Le Ficanas : – Ca va ma tante. Mais tu fais quoi là ?

Tante Jeanne : – Les bagages.

Le Ficanas : – C’est bien tu pars en vacances ?

Tante Jeanne : – En vacances ? Avec ce qui se passe à Nissa ? Tu es vraiment un badagou. On se demande ce que tu fais dans ton journal.

Le Ficanas : – Mis à part la mosquée volante, c’est calme en ce moment à Nice.

Tante Jeanne : – C’est calme ! Rien qu’à voir ton air de barbalucou, on voit que tu ne travailles pas. Tu ne sais pas que l’Estrosi il a démissionné ?

Le Ficanas : – De la mairie ?

Tante Jeanne : – Mais non pas de la mairie ; à la mairie il ne sait pas qui mettre à sa place. Ils doivent être entrain de s’entretuer. Non de député, il cumulait. Il se décarcasse depuis des années pour tout faire tout seul, il a fini par s’emboucaner…

Le Ficanas : – Ah, mais ça on le sait. C’est l’autre rataillon qui doit se marrer…

Tante Jeanne : – Sian béou, et alors tu ne réagis pas ? Il va y avoir des élections. C’est pour ça que je pars en voyage.

Le Ficanas : – Mais c’est à Nice les élections !

Tante Jeanne : – Moi je vais à Vichy avec Fine.

Le Ficanas : – Ah vous allez faire une cure ?

Tante Jeanne : – Fine en aurait besoin, elle mais l’aiga que coure noun s’arresta óu mourre. Mais non c’est pour la politique : Marine fait un meeting à Vichy !

Le Ficanas : – Ah bon ? Elle retourne aux fondamentaux ? Je ne le savais pas. C’est son père qui va être content. Ce n’est pas Marion ? A viei cat jouvi rateta.

Tante Jeanne : – Non, c’est Marine, celle qui est présentée par l’Estrosi.

Le Ficanas : – Mais non ma tante, tu te fais monter le Cristou pour rien. Ce n’est pas la Le Pen, c’est Marine Brenier, une niçoise.

Tante Jeanne : – Qué niçoise. C’est qui ?

Le Ficanas : – Elle a 29 ans et c’est l’adjointe d’Estrosi depuis deux ans et elle est aussi conseillère départementale.

Tante Jeanne : – Et elle veut être député en plus ? Elle cumule à son âge ? De mon temps on mettait vingt ans pour avoir tout ça. Maintenant ça boulègue vite, t’as à peine le temps de naître que tu es délégué de classe et à 18 ans tu es élu à la mairie. Mais qu’ès aquèou ta Marine ?

Le Ficanas : – C’est une fille de dentistes. Elle a fait des études à la fac de droit, mais elle a échoué à un concours de la fonction publique.

Tante Jeanne : – Pauvres parents. Tu sais c’est comme dans toutes les familles, tu en as toujours un qui rate tout. Alors on lui faire de la politique, faut bien qu’il gagne sa vie. Regarde toi, si on ne t’avait pas laissé écrire tes cagades, tu ferais quoi dans la vie ? Roumpé bala et rien d’autre.

Le Ficanas : – Elle est mignonne la petite.

Tante Jeanne : – Atchidenté, encore heureux qu’elle soit mignonne. T’imagines qu’elle soit moche ? L’Estrosi il ne choisi jamais les moches. Elle ne pourrait pas passer à Azur télévision ; fini la propagande… Elle sait parler au moins ?

Le Ficanas : – Ici, oui. A l’assemblée on verra.

Tante Jeanne : – Que lenga a, a Paris va…*

Cagades recueillies par Christian Gallo – © Le Ficanas ®

* Avec une bonne langue on va loin…

Tante Jeanne crée sa monnaie locale.

Le Ficanas : – Ca va ma tante ? Pourquoi tu voulais me voir ?

Tante Jeanne : – Ah le babatchou ! Fai-mi una baieta. Ca va le neveu ? J’ai besoin de toi.

Le Ficanas : – Bien sûr ma tante, que veux tu ?

Tante Jeanne : – Tu magouilles toujours avec ton truc là, Photoshop ?

Le Ficanas : – Je ne magouille pas, je travaille avec.

Tante Jeanne : – Que tu travailles ou que tu magouilles, m’en batis. Tiens ! Prends ça, c’est ma photo.

Le Ficanas : – Tu veux que je l’agrandisse, tu as la bambane ?

Tante Jeanne : – Mèfi ! Ne te moque pas de moi, niocou. Elle est au format ; je te la donne parce que tu vas devoir fabriquer des billets de banque.

Le Ficanas : – Mais je ne suis pas un faussaire !

Tante Jeanne : – Mais qui te parle de faussaire ? Mais non, bagadou, tu vas dessiner des jeannettes.

Le Ficanas : – Des jeannettes ? Des planches à repasser ?

Tante Jeanne : – Cristou ! Comment j’ai fait pour avoir un neveu pareil, bien brave, mais une vraie bestia. Pas des planches à repasser, des billets de banque avec ma photo dessus !

Le Ficanas : – Ca y est, t’as vraiment la bambane ! Et ça va te servir à quoi ?

Tante Jeanne : – Attends. Alors je précise : sur une face tu mets ma photo, de face et sur l’autre côté un monument nissarte. Un truc qu’ils ont rasé par exemple : la Feneria de la place Masséna ou le Ruhl comme il était avant. Ne mets pas le plan courant amélioré qu’ils ont construit à la place.

Le Ficanas : – Et quelles valeurs ?

Tante Jeanne : – Les mêmes que l’euro. Sauf les 1.000 euros, je ne m’en sers pas. Et n’oublie pas d’écrire Jeannette sur le billet.

Le Ficanas : – Mais c’est quoi cette lubie ? Tu veux faire bisquer qui avec ça ?

Tante Jeanne : Devine ? Chez les français, l’autre soir, le Conseil régional a soutenu une réunion pour créer une monnaie locale à Cagnes ; une idée de l’Estrosi. Tu sais que les français ils en ont déjà créé plus d’une centaine de monnaies locales ?

Le Ficanas : – A Nice aussi il y en a une : le nissart.

Tante Jeanne : – Je sais, une cagade sans personnalité. Tu les as vu les billets ? Avec les têtes de Pepin Garibaldi, de Catherine Segurane, de Menica Rondelly ? Que des morts. Il faut sur les billets une tête d’une personne vivante, agissante, représentative : moi !

Le Ficanas : – Mais tu es fâché avec les deux tiers de la ville, à force de dire du mal !

Tante Jeanne : – T’es vraiment un stassi, c’est justement parce que je suis fâchée avec tout le monde que je fais l’unanimité, comme Hollande. Je continue : dans un coin tu me mets une ratapignata qui symbolisait la résistance face à l’aigle impérial des Buonaparte. Et en filigrane la carte du Comté.

Le Ficanas : – Je veux bien te faire ça, mais ils vont servir à quoi tes Jeannettes ?

Tante Jeanne : – A payer ! Je vais tout payer avec : les courses, la femme de ménage, les impôts…

Le Ficanas : – Ils vont refuser.

Tante Jeanne : – Celui qui oserait refuser c’est un calu : une simèque et tu vas voir s’il refuse longtemps. Attends, on nous a fait le Franc qui mounta-cala, puis l’Euro qui regarde le Dollars et ça varie aussi. Le Jeannette, c’est stable, bien implanté dans son comté et ce ne sont pas les crues du Palhon qui vont le faire bouger. Le Jeannette va devenir la monnaie officielle des caga blea.

Le Ficanas : – Il faudrait peut-être faire une étude avant.

Tante Jeanne : – « pratiga vau mai que gramatica »* Ficanas ! Va travailler !

* « Pratique vaut mieux que l’étude »

Cagades recueillies par Christian Gallo – © Le Ficanas ®

Tante Jeanne et le bétonnage des jardins publics niçois.

Le Ficanas : – Ma tante, ça va ? Tout est calme ?

Tante Jeanne : – Babatchou, tout va mal, propi.

Le Ficanas : – Qu’est-ce qui t’arrive, t’as loupé la pissaladière ?

Tante Jeanne : – Mais non, c’est la nouvelle usine qu’ils construisent dans l’économie-vallée. Une méga usine pour fabriquer du béton aqui d’aïa. Ils vont tout bétonner…

Le Ficanas : – Oui, ils vont bétonner toute la vallée du Var…

Tante Jeanne : – Et quand ils auront fini la vallée, il vont s’attaquer au centre ville.

Le Ficanas : – Le centre ville ? Mais il est déjà bétonné !

Tante Jeanne : – Atchidenté, mais tu ne vois rien le neveu. Où crois-tu que je vais faire pisser le chien ? Il n’aime pas le macadam.

Le Ficanas : – Dans les jardins ?

Tante Jeanne : – Eh oui. Tu le verrais dans les jardins, la bestia elle a une bélugue dans les yeux. Balin balan, elle essaye tous les arbres, tous les réverbères. Il rencontre des copains.

Le Ficanas : – Je ne vois pas le rapport avec le béton.

Tante Jeanne : – L’autre, histoire de nous faire bisquer, il va à tous les coups bétonner les jardins publics. Regarde, à Alsace-Lorraine, il en a déjà détruit une partie pour construire le trou du trambalan. Du coup il va tout bétonner sauf peut-être le magnolia géant pour dire qu’il reste des plantes vertes.

Le Ficanas : – Tu crois ?

Tante Jeanne : – Tu vois à Cessole, au jardin il y a la maison de l’environnement, là où ils calculent comment bétonner la plaine du Var. Mais il y a aussi un potager pédagogique. Pour planter il faut se baisser. Alors ils vont faire des cubes en béton sur un sol dallé pour mettre les plantes à la hauteur des vieux. Ca va faire des cubes à salades…

Le Ficanas : – Tu pousses un peu non ?

Tante Jeanne : – Tu connais le square Kirchner près de l’Arénas, là où on joue aux boules ? Faï tira, on ne peut pas garer une voiture dans le quartier. Alors pour alimenter l’usine on va faire un parking souterrain…

Le Ficanas : – On ne va pas enlever tous les arbres de Nice, les pelouses, les fleurs ?

Tante Jeanne : – Attends niocou, j’ai pas fini ! Tu connais le jardin Normandie-Niemen, boulevard Delphino ? Pendant la guerre il y avait là des abris souterrains, alors ils vont les réhabiliter et installer une dalle en béton dessus. Et le square Durandy devant la bibliothèque, tu as vu il a des palissades partout des silos à on ne sait quoi…

Le Ficanas : – Justement c’est pour le trambalan…

Tante Jeanne : – Ils me fatiguent avec leur trambalan. Tu connais la chanson de Rondelly « Cansoun de la greva dai emplegat dai trambalan » ?

Adiéu lu trambalan,
Lou Limounié che vola ! (bis)
Soun toui laissat en plan,
Lou Limounié che vola, vola,
Soun toui laissat en plan,
Dai condutour, dai vateman !*

 Cagades recueillies par Christian Gallo pour Ressources – © Le Ficanas ®

* Adieu les tramways,
Le Limonier qui vole ! (bis)
Ils sont tous laissés en plan,
Le Limonier qui vole, vole,
Ils sont tous laissés en plan,
Par les conducteurs, par les wattmans !

Tante Jeanne et le communautarisme

Tante Jeanne : – Ah mon neveu, tu es là. Fai-mi una baieta. Ca va pas tu sais…

Le Ficanas : – Qu’est-ce qui t’arrive ma tante ?

Tante Jeanne : – J’ai eu la visite d’Antoine.

Le Ficanas : – Antoine ? Quel Antoine ?

Tante Jeanne : – Que Babatchou tu fais… Antoine, celui qui avait le restaurant à côté, qui faisait de la bagna-cauda. Il a fermé il y a dix ans ; ils ont mis un kebab…

Le Ficanas : – Ah oui ! Je me souviens…

Tante Jeanne : – Eh bien Antoine, tu ne le devineras jamais, il n’est pas niçois !

Le Ficanas : – Antoine ! Tu plaisantes ! Il faisait la pissaladière comme personne !

Tante Jeanne : – Eh oui je me suis faite gruger pendant 50 ans. C’est un français. Porca misèria, j’ai mangé chez lui pendant des années. Sian béou, maintenant les français ils se travestissent.

Le Ficanas : – Bon d’accord, mais il a fermé son restaurant maintenant ; Tu n’y vas plus.

Tante Jeanne : – Tu me connais, il me dit cela comme ça, sans me prévenir : il est né à Meudon, un endroit où on ne sait pas si ça existe. Même Blausasc, c’est plus connu. Et moi je suis allée manger chez lui pendant des années. Tourne vire, vire tourne, j’ai craqué et je lui ai sorti d’un coup « Vai caga a la vigna e rapuorte mi la clau ».

Le Ficanas : – Mais c’est du racisme ça ! Tu le vires parce qu’il est français ?

Tante Jeanne : – Ne deviens pas gnocou le neveu. Ces gens là nous occupent depuis 1860 et tu veux que je collabore ? Les gens comme Antoine, c’est la cinquième colonne. Et moi qui ai mangé de l’estocafic pendant des années émietté par les mains d’un français ? Ce rascleux, il ne rentre plus chez moi…

Le Ficanas : – Tu fais du communautarisme maintenant, comme les français. Regarde ils ont les musulmans, les juifs, les intégristes, les catholiques traditionalistes, les intégristes musulmans qui ne sont pas musulmans… Ils ne s’en sortent plus. Et toi tu rajoutes les niçois !

Tante Jeanne : – Continue et je t’envoie une simèque ! Tu es complétement intoxiqué par les journaux et la télé. Ce sont bien les français qui nous occupent. Moi je fais du communautarisme niçois : sian d’acqui !

Le Ficanas : Da bouon, tu as décidé d’aggraver la situation ?

Tante Jeanne : – Zou ! Va écrire tes cagades le neveu. Va t’occuper des voisins de l’autre coté du Var. Mais si tu continues à me faire monter le cristou, je te déshérite !

Cagades recueillies par Christian Gallo © Le Ficanas ®

Tante Jeanne fête son anniversaire.

Le Ficanas : – Bonjour ma tante, mes meilleurs vœux.

Tante Jeanne : – Vé le babachou. Il est temps pour les vœux mon neveu, tu ne t’es pas pressé cette année. J’aurais eu le temps de disparaître.

Le Ficanas : – Mais non ma tante tu es indestructible…

Tante Jeanne : – Pas tant que cela. D’ailleurs, tu tombes bien, j’ai besoin de toi. Tu sais qu’en mai c’est mon anniversaire. J’ai l’intention de fêter ça en invitant du monde.

Le Ficanas : – Bonne idée, moi j’apporte le gâteau.

Tante Jeanne : – Tu ne pourras pas.

Le Ficanas : – Pourquoi tu es au régime ?

Tante Jeanne : – Ne sois pas niocou. Tu ne pourras pas parce qu’il le faut très gros. C’est pour cela que j’ai besoin de toi justement. J’ai décidé d’inviter plein de monde. Déjà tous les gens de l’immeuble.

Le Ficanas : – Mais tu t’es fâché avec tout le monde dans l’immeuble !

Tante Jeanne : – Mais ils n’oseront pas refuser. Celui qui ne vient pas, une simèque et il vient.

Le Ficanas : Mais c’est mafieux comme méthode ça.

Tante Jeanne : – Tout de suite les grands mots. Attends la suite. Tu vas aussi m’inviter toute la rue et même le quartier. Je veux du monde moi.

Le Ficanas : – Mais ils ne vont pas rentrer dans ton appartement ; tu as 75 m2 au maximum ici.

Tante Jeanne : – J’ai tout prévu ; je loue la salle de spectacle du palais de la Méditerranée, 1.000 places. Et il y a une scène pour le spectacle.

Le Ficanas : – Le spectacle ?

Tante Jeanne : Oui, j’ai réservé Charles Aznavour, les vieux ils aiment. En première partie il y aura un film sur ma vie, mon œuvre…

Le Ficanas : – Attends, tu loues une salle, tu invites mille personnes, tu fais venir Aznavour, tu fais réaliser un film. Mais ça va coûter une fortune !

Tante Jeanne : – T’inquiètes, je ne touche pas à ton héritage, mais tu dois le mériter justement. Ca va coûter 350.000 euros. Et c’est toi qui va les récupérer. Tu peux faire cela pour mon anniversaire quand même.

Le Ficanas : – Je ne suis pas Spaggiari. Je n’ai pas de compte à la Société Générale.

Tante Jeanne : – Tu es vraiment un babatchou ; je ne t’ai jamais dit que les 1.000 invités, ils venaient gratuitement.

Le Ficanas : – Pourquoi veux-tu qu’ils viennent ; ils ne te connaissent pas !

Tante Jeanne : – Là, ils vont me connaître. Tu prends ton barotou et tu vas aller les voir. Ceux qui ne payent pas, ceux qui jouent au bastardon, un coup sur la tête. Quand ils auront une belle badole, ils paieront !

Le Ficanas : – J’avais raison c’est la mafia !

Tante Jeanne : – Et ceux qui, malgré la badole, ne veulent pas payer, tu les menaces de te décarcasser pour écrire des saloperies sur eux, sur ton ouebe. Tu verras, ils paieront…

Le Ficanas : – Mais tu es devenue une mafieuse ma tante, tu fais du chantage !

Tante Jeanne : – Porca misèria, tu me fais monter le Cristou. Ne sois pas calu. Ces nissarts, ils ont déjà payé 400.000 euros pour les vœux de l’autre et il ne pourrait pas en dépenser 350.000 pour mon anniversaire ? Puisqu’ils en donnent autant pour le tavan d’or, ils peuvent en donner un peu moins pour moi ; moi, j’ai fait la guerre !

Le Ficanas : – Mais ma tante, avec ces méthodes, tu vas finir en prison, et moi aussi.

Tante Jeanne : – Lu rique si perdounou, lu paure si bastounoun*

Cagades recueillis par Christian Gallo pour Ressources – © Le Ficanas ®

* On pardonne les riches, on bastonne les pauvres.

TANTE JEANNE ET LE MIGRANT

Le Ficanas : – Bonjour ma tante.

Tante Jeanne : – Tè, le babatchou, ça va mon neveu ?

Le Ficanas : – Ca va, mais tu m’as appelé ?

Tante Jeanne : – C’est à cause des migrants. J’ai besoin de t’en parler.

Le Ficanas : – C’est triste cette situation, les pauvres gens. Ils meurent sur des bateaux, sont poursuivis à travers l’Europe, refusés par les uns et les autres…

Tante Jeanne : – Ne me donne pas la babarote. Ce n’est pas ça le problème.

Le Ficanas :- Ah bon ?

Tante Jeanne : – Le problème c’est l’Estrosi. Il n’en veut pas des migrants.

Le Ficanas : – Je sais, il a même dit « Nice n’est pas devenu Calais ». Et il est convaincu que Daech a investi les rangs des migrants.

Tante Jeanne : – La fameuse cinquième ou sixième colonne… Allez va, que bestià ! Calais il ne connaît pas, et la cinquième colonne c’était pendant la guerre d’Espagne ; il n’était pas né !

Le Ficanas : – On le connaît, il est en campagne électorale pour les régionales. Tout est bon comme argument.

Tante Jeanne : – Mais il en a qui le croit ! Tu connais Fine, la vieille, celle qui habitait à côté avant ?

Le Ficanas : – La vieille ? Elle a ton âge !

Tante Jeanne : – Mèfi le neveu ! T’es vraiment un niocou. Elle a peut-être mon âge, mais on lui donne dix ans de plus ! Elle n’est pas bien conservée… Bref, Fine elle est convaincue qu’elle va être envahie par les migrants. Ca fait deux mois qu’elle fait le plein de pates, de riz et de sucre pour tenir le siège.

Le Ficanas : – Le siège de qui ?

Tante Jeanne : – Des migrants qui vont assiéger son deux pièces. Alors je me moque d’elle et elle me fait le mourré.

Le Ficanas : – Et alors ?

Tante Jeanne : – Tu sais que je suis fâché avec les deux tiers du quartier, alors tourne vire, vire tourne, j’ai décidé de lui donner une leçon : je vais adopter un migrant !

Le Ficanas : – …
Tante Jeanne : – Mais ne t’emboucane pas, j’ai pas dit que j’allais te déshériter, je t’ai dit que j’allais adopter un migrant.

Le Ficanas : – Et tu vas le chercher où ? A la gare ? Au pont Saint Ludovic à Menton ? Tu veux repeindre le salon ? Tu as besoin de main d’œuvre ?

Tante Jeanne : – Mais non bastardon, je l’ai trouvé !

Le Ficanas : – Déjà !

Tante Jeanne : – Oui le migrant c’est toi.

Le Ficanas : – Mais je suis Français, comme toi !

Tante Jeanne : – Non ! Tu es Niçois comme moi avant tout. Mais il y a une différence entre nous : moi je suis une Niçoise qui habite à Nice ; toi tu habites de l’autre coté du Var, à l’étranger, en France.

Le Ficanas : – Mais c’est quoi cette cagade !

Tante Jeanne : – C’est pas une cagade ; quand tu viens à Nice, que tu passes le Var, tu es un migrant à Nice, un exilé qui migre…

Le Ficanas : – C’est tout ce que tu a trouvé pour casser les pieds à tout le monde ?

Tante Jeanne : – Pas tout le monde, uniquement à Fine et à ceux que je n’aime pas. Mais n’oublie pas le neveu : Toui saben doun venen ma saben pa doun aneren.*

Propos recueillis par Christian Gallo pour Ressources – © Le Ficanas ®

* Nous savons tous d’où nous venons mais nous ne savons pas où nous irons.

Tante Jeanne et le mariage estrosien

Le Ficanas : Bonjour ma tante!

Tante Jeanne : Té, le babatchou! Comment vas-tu mon neveu ?

Le Ficanas : Ça va ma tante; j’ai une grande nouvelle à t’annoncer.

Tante Jeanne : Atchidenté ! Balourdin comme tu es, je m’attends au pire.

Le Ficanas : Ça va te faire plaisir. Mais, ça va te coûter des sous…

Tante Jeanne : A paire aquistaire, enfant acabaire. Mais je ne suis pas encore morte mon neveu !

Le Ficanas : Mais non ! Pas autant que ça. Un cadeau tout simplement. La nouvelle c’est que je vais me marier!

Tante Jeanne : La pauvre ! Il y en a une qui a voulu; propi ? Un rascleux comme toi?

Le Ficanas : C’est Magali, la fille de Fine.

Tante Jeanne : Tu m’étonnes ! Fine elle avait déjà épousé un falabraque (Dieu ait son âme) et la fille elle fait pareil, elle te marie toi… Et alors les novi, vous faites ça où ?

Le Ficanas : A la mairie principale, au Vieux-Nice.

Tante Jeanne : Ah c’est pas un mariage alors, c’est un enterrement… Pas même un caga bléa viendra. La mairie c’est le no mans land matrimonial maintenant. Va te marier ailleurs !

Le Ficanas : Pourquoi tu dis ça ? On va faire les mariolles, on va chanter la miéu belle Nissa, quelques pétards, un drapeau niçois…

Tante Jeanne : T’es un babachou. T’as pas lu la charte d’Estrosi ?

Le Ficanas : Quelle charte ?

Tante Jeanne : Pas de cris, pas de sifflets, pas de drapeaux, pas de groupes folkloriques, pas le droit de stationner, pas de danses, pas de parade… Et avant t’amène Magali signer avec toi, sinon, pas de mariage !

Le Ficanas : Tu plaisantes ?

Tante Jeanne : Ah non, pas du tout. Tu vas te marier et puis quand tu sors tu tires le mourré. Allez, sois pas un Stassi, va te marier ailleurs! À Nice, il y a plus que les testa d’anchuga qui y vont !

Cagades recueillies par Christian Gallo – © Le Ficanas ® – 20 juin 2012

Tante Jeanne et les jumeaux de Carlita.

Le Ficanas : Bonjour ma tante. Ça va bien ?

Tante Jeanne : Ah ! Tu es vivant ? Fai-mi une baieta. J’avais plus de nouvelles. Il ne se passe rien ?

Le Ficanas : Pas grand-chose ma tante. C’est bien calme….

Tante Jeanne : Calme ? Tu plaisantes, avec la chanteuse aphasique qui est enceinte !

Le Ficanas : De qui tu parles ?

Tante Jeanne : De Carlita !!! Que bagadou tu fais …

Le Ficanas : Tu veux parler de la femme du président ? Franchement !

Tante Jeanne : Dau bouon ! Elle serait enceinte. Qu’est-ce qu’il sème ce président. Il fonde une dynastie ?

Le Ficanas : Vu le nombre de français qui ont regardé le mariage de Kékate et Willy, ils sont nostalgiques de la royauté.

Tante Jeanne : Propi et cet été, on se fait Bébert et la Wittstock à Monaco. En France, il ne se passe rien. Nico et Carlita, ils sont déjà mariés. Quant à Nice, je ne te dis pas : le désert…

Le Ficanas : En attendant, l’accouchement de Carla, si c’est vrai, ça va occuper les colonnes de la presse people et les émissions de télé.

Tante Jeanne : Alors l’autre jour j’ai entendu dire que cela lui faisait gagner dix points pour l’élection présidentielle.

Le Ficanas : Et il paraît que ce serait des jumeaux !

Tante Jeanne : Tu te rends compte, ça lui fait vingt points d’avance pour les présidentielles !

Le Ficanas : Bonne affaire pour le président.

Tante Jeanne : Imagine qu’elle fasse des quintuplés ? Il passe au premier tour sans faire campagne !

Le Ficanas : Il faudrait un miracle.

Tante Jeanne : O Cristo dimanche, je vais demander ça à Jean-Paul. Il lui en faut un autre pour se faire canoniser et ça nous évite la campagne électorale…

Cagades recueillis par Christian Gallo © Le Ficanas ®