TANTE JEANNE ET LE MIGRANT

Le Ficanas : – Bonjour ma tante.

Tante Jeanne : – Tè, le babatchou, ça va mon neveu ?

Le Ficanas : – Ca va, mais tu m’as appelé ?

Tante Jeanne : – C’est à cause des migrants. J’ai besoin de t’en parler.

Le Ficanas : – C’est triste cette situation, les pauvres gens. Ils meurent sur des bateaux, sont poursuivis à travers l’Europe, refusés par les uns et les autres…

Tante Jeanne : – Ne me donne pas la babarote. Ce n’est pas ça le problème.

Le Ficanas :- Ah bon ?

Tante Jeanne : – Le problème c’est l’Estrosi. Il n’en veut pas des migrants.

Le Ficanas : – Je sais, il a même dit « Nice n’est pas devenu Calais ». Et il est convaincu que Daech a investi les rangs des migrants.

Tante Jeanne : – La fameuse cinquième ou sixième colonne… Allez va, que bestià ! Calais il ne connaît pas, et la cinquième colonne c’était pendant la guerre d’Espagne ; il n’était pas né !

Le Ficanas : – On le connaît, il est en campagne électorale pour les régionales. Tout est bon comme argument.

Tante Jeanne : – Mais il en a qui le croit ! Tu connais Fine, la vieille, celle qui habitait à côté avant ?

Le Ficanas : – La vieille ? Elle a ton âge !

Tante Jeanne : – Mèfi le neveu ! T’es vraiment un niocou. Elle a peut-être mon âge, mais on lui donne dix ans de plus ! Elle n’est pas bien conservée… Bref, Fine elle est convaincue qu’elle va être envahie par les migrants. Ca fait deux mois qu’elle fait le plein de pates, de riz et de sucre pour tenir le siège.

Le Ficanas : – Le siège de qui ?

Tante Jeanne : – Des migrants qui vont assiéger son deux pièces. Alors je me moque d’elle et elle me fait le mourré.

Le Ficanas : – Et alors ?

Tante Jeanne : – Tu sais que je suis fâché avec les deux tiers du quartier, alors tourne vire, vire tourne, j’ai décidé de lui donner une leçon : je vais adopter un migrant !

Le Ficanas : – …
Tante Jeanne : – Mais ne t’emboucane pas, j’ai pas dit que j’allais te déshériter, je t’ai dit que j’allais adopter un migrant.

Le Ficanas : – Et tu vas le chercher où ? A la gare ? Au pont Saint Ludovic à Menton ? Tu veux repeindre le salon ? Tu as besoin de main d’œuvre ?

Tante Jeanne : – Mais non bastardon, je l’ai trouvé !

Le Ficanas : – Déjà !

Tante Jeanne : – Oui le migrant c’est toi.

Le Ficanas : – Mais je suis Français, comme toi !

Tante Jeanne : – Non ! Tu es Niçois comme moi avant tout. Mais il y a une différence entre nous : moi je suis une Niçoise qui habite à Nice ; toi tu habites de l’autre coté du Var, à l’étranger, en France.

Le Ficanas : – Mais c’est quoi cette cagade !

Tante Jeanne : – C’est pas une cagade ; quand tu viens à Nice, que tu passes le Var, tu es un migrant à Nice, un exilé qui migre…

Le Ficanas : – C’est tout ce que tu a trouvé pour casser les pieds à tout le monde ?

Tante Jeanne : – Pas tout le monde, uniquement à Fine et à ceux que je n’aime pas. Mais n’oublie pas le neveu : Toui saben doun venen ma saben pa doun aneren.*

Propos recueillis par Christian Gallo pour Ressources – © Le Ficanas ®

* Nous savons tous d’où nous venons mais nous ne savons pas où nous irons.

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